Depuis la seconde moitié du XX ème siècle, la couleur noire s’est imposée comme une couleur phare de nos garde-robes… Des dessous noirs considérés comme chics, à la petite robe noire, des vestes, manteaux aux sweets de nos adolescents, il s’immisce même dans les cours d’école…
Tous les costumes en photo sont en location sur le site
Le noir du pouvoir
On raconte que le noir était la couleur de la dynastie des Abassides (750 – 1258), les califes qui fondèrent Bagdad. Ils l’auraient choisie pour marquer la rupture d’avec la dynastie précédente, celle des Omeyyades. Ces derniers se vêtaient de blanc.
En Europe aussi, le noir a été la couleur du pouvoir et de la légitimité. Noir somptueux des ducs de Bourgogne. Ainsi, Jean sans Peur puis Philippe le Bon et encore Charles le Téméraire, établissent le noir dynastique repris par l’étiquette de la cour espagnole. Charles Quint appréciait se vêtir de noir.
Le noir du pouvoir serait apparu à la fin du XIIIe siècle. Ce sont les financiers et les magistrats, auxquels les lois somptuaires interdisaient d’afficher des couleurs réservées à la classe seigneuriale, qui auraient lancé le noir.
Mais le noir qu’ils portent est un noir bien différent de celui qui existait jusque là. En effet, teindre en noir demande d’utiliser des pigments efficaces mêlés à des fixateurs qui le sont autant. Il faut attendre le milieu du XIVe siècle pour que les noirs deviennent uniformes et brillants. Dans la plupart des villes, ce sont les teinturiers en charge du bleu qui teignent également en noir.
La couleur noire au XIX ème
A partir de cette époque, dans le vêtement masculin, la couleur noire conserve cette relation au pouvoir. Au XIXe, les hommes sont majoritairement vêtus de noir, notamment pour apparaître dans tous les événements où il convient de tenir son rang. Ainsi, redingote, queue de pie et smoking sont bien souvent noirs.
Peu à peu, le noir devient la couleur du vêtement du dimanche dans les classes populaires. Cela se remarque notamment dans le vêtement folklorique masculin. Le gilet rouge du costume alsacien ne doit pas faire oublier que veste, pantalon et chapeau sont noirs.
Au XIXe siècle, le noir est aussi la couleur du vêtement de l’employé des grandes maisons. Servante et gouvernante sont souvent vêtues de noir. Il symbolise alors l’humilité et l’obéissance. (costumes Servante et Gouvernante)
Le noir ecclésiastique
Humilité et pénitence également incarnées dans le vêtement noir ecclésiastique, celui du curé et celui de la religieuse. A l’origine, les premiers officiants portent le costume simple du peuple, en général non teint. Mais lorsque l’unité vestimentaire devient l’emblème d’un ordre, le noir est établi. Il est toutefois contesté par les ordres chromophobes.
Le noir chic et vénéneux
Après la première guerre mondiale, les femmes affichent des robes de soirées aux couleurs vives. La légende raconte que Coco Chanel aurait jugé hideux ces assemblages de couleurs disparates. Et de là serait née le port du noir « chic » par les femmes. Alliant paillettes, perles et mousseline de soie noire, la robe Années folles se porte jusqu’au bout de la nuit.
Du chic au vénéneux, le pas est franchi dans les années 40, notamment avec le film « Gilda » dans lequel Rita Hayworth apparaît dans une robe fourreau noire.
Le noir du mystère
Hollywood se contente de revivifier le lien entre le noir et le mystérieux. Dans les romans de chevalerie, le chevalier noir est un noble personnage qui tient à son anonymat. Son action est bénéfique, mais le secret l’entoure. Tout comme la cape noire recouvre tous les personnages qui souhaitent se mouvoir dans l’ombre.
Le noir gothique
L’ombre fascine durant tout le XIXe siècle. A la suite du romantique tourmenté par ses émotions, apparaît le héros gothique, lugubre, voire adorateur de Satan. Sa couleur est le noir de l’effroi, des ténèbres et du diable :
« Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie »*
Le goût du fantastique conquiert la littérature, les arts, et les gens les plus respectables s’adonnent à des séances de spiritisme. C’est le temps de Dracula, des monstres et des âmes damnées.
Le noir funèbre
Cette association du noir et de la mort n’est pas une évidence. La mise en scène du deuil est culturelle et elle connaît des évolutions. Durant longtemps, les textiles funèbres sont autant noirs que gris, bleu foncé ou violets. Certains rois de France porte le deuil en rouge, des reines en blanc. L’association exclusive du noir au deuil date du XIXe siècle. (costume second empire dentelles noires)
La couleur noire de la nature.
Le monde antique voit dans le noir une puissance fécondante, un pouvoir de métamorphose, tel le noir du limon ou celui des grottes. Il possède une dimension inquiétante, car il est relié à des forces qui dépassent l’Homme. Mais il n’est pas négatif. (costume Lumaca di mare)
Cela est bien différent du noir du Moyen-Age assimilé au pelage des animaux et à celui des bêtes qui fréquentent le diable. Ce noir bestial est opposé à la blancheur et à la blondeur des êtres nobles qui appartiennent au monde chrétien. Parce qu’il est insoumis au pouvoir de l’Église, l’empereur Henri III est surnommé « Le Noir ».
* Gérard de Nerval, El Desdichado in Les Chimères
Tous les costumes en photo sont en location sur le site
à lire aussi
10 octobre 2023
L’histoire du costume du Père Noël
14 octobre 2024
Pere Fouettard, Hans Trapp, Ruprecht, Houseker
1 novembre 2023
Noël en Alsace
24 mai 2021
Revisiter le costume alsacien
16 juillet 2021
Louer ou acheter un smoking
1 novembre 2023
Saint Nicolas, habillé en rouge ou en violet ?
1 novembre 2023
Ste Lucie et Christkindel : les lumières de l’hiver….
16 janvier 2024
costumes vénitiens en location à l’Atelier la Colombe
1 septembre 2023
La couleur blanche dans les robes de mariées
12 juin 2023